Voyage entre mémoire et histoire : direction l’Ukraine et la Pologne !

Cet été, j’ai eu la chance avec 3 autres lauréats de l’Institut de l’Engagement, de pouvoir participer à un voyage de presse organisé par le CRIF à la frontière entre l’Ukraine et la Pologne. Le but du voyage était de découvrir l’histoire de la Galicie au XXe siècle, et plus particulièrement le sort des Juifs durant la seconde guerre mondiale, dans cette région du monde et à l’est de la Pologne. Pour rejoindre le groupe, j’ai voyagé près de 17h depuis la Moldavie en bus, mais le jeu en valait la chandelle ! Car malgré la thématique lourde de sens de l’excursion, l’ambiance à l’intérieur du groupe était très bonne et j’ai même eu l’opportunité de fêter Chabat dans une synagogue de la ville de Lviv, en Ukraine. Une première pour moi !

Dans un premier temps, le groupe s’est rendu dans la ville de Lviv – en Latin Leopolis qui signifie « la ville du Lion ». Nous y avons étudié l’histoire de cette région au XXe siècle, ainsi que l’histoire de la Shoah. Malgré l’absence de traces historiques visibles de ces évènements tragiques, nous avons tout de même pu visiter les lieux du pogrom, le ghetto, le musée mémorial de la prison de la rue Lontskoho, de même que le site du camp de Janowska. Nous avons reçu l’intervention de Mr Zissels, Président d’un organisme gérant les organisations juives d’Ukraine et avons déjeuné avec Mme Dumont, Ambassadrice de France en Ukraine et Mr Houliat, directeur de l’Alliance Française de Lviv.

  • Ancien site d'une ancienne synagogue qui a été détruite

Jusqu’en 1940 et juste avant le début de la guerre, il nous a été expliqué que la ville de Lviv était polonaise et que les diverses populations vivaient entre-elles sans se mélanger. On pouvait ainsi côtoyer un quartier juif, un quartier polonais ainsi qu’un quartier ukrainien. C’est durant la guerre qu’une importante épuration ethnique fut organisée par le régime Nazi, et l’identité de la ville en fut profondément bouleversée. La population d’origine constituée de polonais-juifs fut ainsi progressivement par une population d’origine Ukraino-Russe. Au final, notre visite de la ville nous a permis de constater l’extrême fragilité de son identité historique, tiraillée entre le besoin d’oublier et la nécessité de préserve la culture juive. Il est juste incroyable de constater que près de 70 ans après la guerre et 25 ans après l’indépendance de l’Ukraine, cette question se pose encore.

La poursuite de notre voyage nous a ensuite amené derrière la prison de Janowska, un lieu véritablement oppressant car chargé de mémoire et d’histoire : en effet, c’est à cet endroit précis qu’on a procédé à l’enfouissement d’innombrables corps humains, dans ce qui est aujourd’hui devenu un ravin rempli d’eau ressemblant à un grand étang à l’abandon. D’une manière générale, on peut constater la grande discrétion de la mémorialisation environnante.

  • Entrée du ravin, près du site de Janowska

Cependant, j’ai pu constater la volonté très forte de la municipalité actuelle pour commémorer l’histoire de la communauté juive de Lviv. C’est aussi, d’une certaine manière, l’héritage de la ville et bien que plusieurs sites furent longtemps laissés à l’abandon, plusieurs mesures sont prises désormais dans le but de réhabiliter le centre historique. A ce titre, le Maire a conscience du travail qu’il reste à abattre, et de nombreux projets sont à l’étude pour la conservation et la commémoration du patrimoine. Des activités culturelles sont ainsi envisagées, notamment sur le site de l’ancienne Grande Synagogue détruire durant l’Holocauste. Une exposition sur l’ancien quartier juif est également prévue en 2018.

Après plusieurs jours passés au cœur de Lviv, nous avons dépassé les frontières de l’Ukraine pour rejoindre l’Est de la Pologne. Dans les années 40, on pouvait y distinguer 3 centres de « mise à mort », dont le centre de Belzec qui a servi de modèle aux centres de Sobibor et Treblinka. Le site de Belzec a été choisi car particulièrement excentré, à l’abri des regards, mais proche d’une gare afin de faciliter les convois de populations juives. Cependant, à la différence de camps d’extermination comme Auschwitz, les juifs séquestrés à Belzec furent maintenu en vie pour brûler les corps au fur et à mesure. Le lieu fut ensuite tombé dans l’oubli après la fin de la guerre, et jusqu’à la chute du régime communiste. Des archéologues polonais organisèrent alors des fouilles et un musée fut établi pour exposer entre-autres des objets retrouvés. Près de 450 000 personnes furent assassinées à Belzec : 10 personnes réussirent à s’échapper et deux témoins des massacres furent identifiés après la guerre.

  • Camp d'extermination de Bełżec

Après le site de Belzec, direction le nord-est de la Pologne et la ville de Jozefow, désigné en 1941 par Himmler en tant que zone de colonisation prioritaire. C’est dans cette région, et plus particulièrement à Zamość que la politique de colonisation systématique du régime nazi fut la plus dévastatrice. En 1942, une troupe de nazis y exécuta ainsi plus d’une centaine de juifs dans les rues de la ville. Après une nuit passée dans la ville, la dernière étape de notre voyage nous emmena visiter le centre excentré de Sobibor, construit de la même manière que Belzec, dans une zone isolée des habitations et des locaux et à proximité d’une station de chemin de fer.

Voyage à Sobibor

C’est au printemps 1942 que plusieurs camps furent construits pour former le centre de mise à mort de Sobibor. Celui-ci était ainsi constitué des centres de Lublin, Belzec, Sobibor et Treblinka. Le « centre de mise à mort » contenant ainsi les chambres à gaz, mais séparé des camps. Alors que le cœur nous serre la poitrine devant tant d’atrocités, notre guide polonais nous explique que le devoir de mémoire ne s’est fait que tardivement après la guerre. Il était expliqué aux enfants à l’époque par leur famille d’éviter autant que possible de penser à la cruauté de cette époque, ainsi qu’aux exterminations.

D’une certaine manière, ce voyage à travers l’histoire nous a fortement interrogés sur le rapport entre Mémoire et Histoire. Tellement d’exécutions, d’exterminations… comment en parler ? Comment marquer ces lieux innombrables ? Faut-il matérialiser pour mémorialiser ? En tous les cas, ce voyage nous a également permis de mieux prendre conscience de l’organisation des nations d’Europe de l’Est, qui sont marquées par le communautarisme rendant difficile toute forme d’assimilation et d’intégration. Un concept difficile à appréhender pour un pays comme la France, qui rejette systématiquement le principe des communautés autonomes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *